La sauvegarde du palmier dattier

La sauvegarde du palmier dattier

Le bayoud a dévasté en un siècle les deux tiers de la palmeraie du Maroc. Mais la recherche scientifique a permis de vaincre le fléau.
La palmeraie marocaine est malade du bayoud, un champignon microscopique apparu au siècle dernier et qui a dévasté les deux tiers du verger. Il s’introduit par les racines, remonte progressivement dans les vaisseaux ou circule la sève et finit par les obstruer, entraînant la mort de l’arbre. La propagation de la maladie a été favorisée par les méthodes d’irrigation, l’eau jouant alors le rôle de vecteur de transmission du terrible champignon. Et les sécheresses des années quatre-vingt ont aussi accentué le déclin d’une palmeraie affaiblie par la maladie.
Cette situation inquiétante a conduit le ministère de l’Agriculture à se pencher sur le problème pour sauver le verger. Les chercheurs ont d’abord constaté l’extrême diversité variétale de la palmeraie. La moitié de celui-ci est constitué de « khalts », les bâtards des variétés plus nobles que sont les « boufeggous » ou « mejhoul » d’Errachidia, dont les Anglais raffolaient, ou d’une dizaine d’autres.

Les recherches se sont appliquées à sélectionner des variétés résistant au bayoud, tout en donnant des dattes de bonne qualité. Les efforts de l’Institut National de la Recherche Agronomique de Marrakech ont permis d’isoler des plants résistants dont la multiplication a été confiée au domaine voisin d’Oued Ouislane. Les plants, produits in-vitro, ont été ensuite distribués gratuitement aux agriculteurs afin de reconstituer le verger phoenicicole.
Le programme, démarré en 1988, s’est, d’emblée, voulu ambitieux, avec pour objectif de planter trois millions de plants en vingt ans. Si la production de plants in-vitro reste encore insuffisante, près de 150 000 plants ont été plantés.

Au début du siècle, les quinze millions de pieds du verger marocain, répartis sur cent cinquante mille hectares, plaçaient le pays au troisième rang mondial pour la production de dattes, dont une partie non négligeable était exportée. Aujourd’hui, ne subsistent plus que quatre millions quatre cent vingt mille pieds, couvrant une superficie de quarante-quatre mille hectares. La production est revenue aux alentours de cent mille tonnes, après avoir chuté à quarante mille tonnes au plus fort de la sécheresse.

Au Maroc, le palmier dattier a trouvé son territoire de prédilection le long des somptueuses vallées du Ziz et du Draâ, ou se concentrent les deux tiers de la palmeraie. Elle en a longtemps fait la richesse, permettant les cultures sous-jacentes par la douceur du microclimat qu’elle génère, offrant aux habitants des dattes comme nourriture, des troncs et des palmes pour les constructions ou l’énergie, et des matériaux pour l’artisanat.
Le palmier dattier est si étroitement associé à l’imagerie du Maroc qu’il semble être là depuis la nuit des temps. C’est en Mésopotamie, où coule le Tigre et l’Euphrate que se situe son berceau. Les bédouins du Moyen Orient l’ont très tôt introduit dans toute l’Afrique du Nord. Lors de leurs déplacements en longues caravanes dans l’immense Sahara, ils se nourrissaient de lait de chamelle et de dattes. Les noyaux qu’ils laissaient près des points d’eau où ils s’arrêtaient ont progressivement donné les immenses palmeraies qui font le charme inimitable des oasis sahariennes, ou encore de Marrakech, dont la palmeraie est née en même temps que la ville, en 1060.

Aujourd’hui, les chercheurs de la ville rouge ont la satisfaction de constater l’excellent comportement des nouvelles variétés qu’ils ont introduites. Le palmier dattier, ce patriarche de nos terres, possède à nouveau tout l’avenir devant lui.

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